Le triple A permettait d'emprunter à bas coût sur les marchés financiers. En toute logique, la perte du triple A devrait renchérir le coût des emprunts effectués par le Trésor, même si les marchés ont déjà intégré depuis longtemps cette perte dans les taux qu'ils demandent à l'Etat. Il n'y a donc pas de conséquences concrètes à attendre à très court terme.
Pour le moment, Standard & Poor's est la seule agence à avoir retiré son triple A à la France. Les conséquences seront plus graves si une autre agence lui emboîte le pas. Cela pourrait être le cas de Moody's très prochainement. A ce moment là, oui, les taux vont certainement augmenter.
Le fardeau de la dette pourrait s'accentuer de deux milliards d'euros par an, ce qui rendra nécessaire des mesures de rigueur supplémenest possible que le Fonds européen de solidarité financière (FESF), conçu pour venir en aide aux pays européens en difficultés, perde lui aussi son triple A, parce que la France en est l'un des garants les plus importants. Mais ce n'est pas encore certain. Si c'était le cas, il devrait emprunter plus cher, et aurait donc du mal à prêter ensuite cet argent à des taux attractifs aux pays qui en ont besoin.
Ce qui préoccupe la Grèce, et donc toute l'Europe, à très court terme, ce n'est pas la perte du triple A français mais le coup d'arrêt donné vendredi dernier aux négociations avec ses créanciers pour la mise en oeuvre de son plan de sauvetage. Les discussions ont été suspendues et vont reprendre mercredi. S'il n'y a pas d'accord d'ici la fin du mois, c'est la faillite du pays, avec des réactions en chaîne pour toute l'Europe. taires, par exemple des hausses d'impôt. Les banques emprunteront plus cher et répercuteront ce renchérissement sur les crédits octroyés aux particuliers et aux PME, les entreprises françaises pourraient être contrainte de réduire leurs investissements, avec de fortes conséquences sur l'emploi.
Il existe trois principales agences de notation: Standard & Poor's, Moody's et Fitch.
Les deux premières sont américaines, la troisième est française depuis sa prise de contrôle par Fimalac.
Pour comprendre d'où vient leur pouvoir, que les Etats leur ont pratiquement servi sur un plateau. Leurs critères de notation sont différents, qui évoluent au fil du temps et qui surtout sont très obscurs, ce qui peut expliquer les différences.
Ces critères, comme indiqués ci-dessus, ne sont pas publics, les agences "disent construire leur notation à partir d'une batterie de critères, mais ceux-ci ne cessent d'évoluer et les appréciations qualitatives s'ajoutent aux données quantitatives, selon de mystérieuses pondérations".
Il y a bien sûr une codification stricte des notations, mais les dérives existent. Le marché des financements structurés l'a illustré. "Les agences se sont mises à distribuer des notes à la pelle, dans des délais record alors que ces produits étaient très complexes", dénonce L'Express. De même, les agences ont sans doute plus de légitimité à noter les entreprises que les Etats.
Même S&P l'admet,: "Notre rôle n'est pas de donner notre avis sur la mise en oeuvre d'une politique nationale. Nous nous contentons de livrer des indications sur un risque de crédit". Or, dans le cas des Etats, les réformes structurelles, la capacité à lever l'impôt font partie intégrante de la capacité à réduire l'endettement.
Cela sera très long. Dégradé en 1992 par S&P puis Moody's, le Canada, par exemple, a mis dix ans avant de retrouver son triple A.
Norbert Gaillard, économiste, spécialiste des agences de notation, explique la démarche : "Le délai minimum est de cinq à six ans et plus généralement de huit à dix ans (...) Mais la France pourrait très bien le récupérer plus rapidement si elle lance une réforme d'envergure qui plaira aux agences. Elle pourrait par exemple lancer une réforme plus large des retraites - avec notamment un allongement de la durée de cotisations - une flexibilité du marché du travail, la réorganisation de la structure administrative en réduisant notamment le nombre d'échelons, ou alors une réduction drastique des dépenses. Là, elle pourrait plutôt récupérer son triple A d'ici quatre ou cinq ans".
Mais plus tôt, c'est difficilement possible. D'autant qu'en plus d'avoir perdu son triple A, la France a été placée sous surveillance négative, ce qui signifie qu'elle a une chance sur trois de subir une nouvelle dégradation.